Argumentaire scientifique

La réalité du monde contemporain est marquée par une facilité de déplacement  qui a contribué, au cours des époques, à encourager la migration des individus. Celle-ci s’organise sous l’influence de facteurs multiples, politiques, sociaux, religieux,  économiques, climatiques mais aussi affectifs, en s’inscrivant dans un contexte qui peut être choisi ou contraint. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) définit la migration comme le « déplacement d’une personne ou d’un groupe de personnes, soit entre pays, soit dans un pays entre deux lieux situés sur son territoire. La notion de migration  englobe tous les types de mouvement de population impliquant un changement de lieu de résidence habituelle, quelle que soient leurs causes, leur durée, incluant les mouvements des travailleurs, des réfugiés, des  personnes déplacées ou déracinées ». Cette définition souligne d’emblée la diversité des situations et acteurs pouvant être concernées, par le mouvement migratoire.  Mais, il reste que dans tous les cas,  les liens familiaux, conscients et inconscients,  sont affectés dans leur dynamique et contraint aux remaniements. La migration, lorsqu’elle marque l’histoire familiale, peut avoir mobilisé le déplacement géographique, de façon nationale ou transnationale, d’un ou de plusieurs membres de la famille, avoir été marquée par un itinéraire à rebonds, par le retour ou l’exil prolongé,  comme concernée les générations actuelles ou antérieures. Les visages de la migration et du vécu familial sont donc très variés.

Nous proposons à l’occasion de ce colloque d’en explorer la diversité dans une vectorisation centrée sur la problématique de la transmission.  Il s’agit d’interroger, ce qu’il en est de la question de la mémoire, du travail de narration, des souffrances traumatiques, des parcours de vie et itinéraires avec les enjeux attachés à l’identité familiale et culturelle dans ce contexte. Comment s’organisent les mouvements d’identifications et le rapport aux origines, qu’est-ce qui se transmet ou  ne se transmet pas,  selon quelles modalités et avec quels effets ?  Comment les liens familiaux sont-ils maintenus ou pas, revisités et transformés ?  Qu’advient-il de la question de la langue, des habitudes culturelles, du rapport au « savoir » et à « la norme »,  comme du sentiment d’appartenance ? Comment le changement du métacadre socio-culturel introduit par la mobilité bouleverse les repères  et le rapport à l’héritage ?  Des grands-parents, aux parents, aux enfants, aux petits-enfants, comment la verticalité des liens engagent la solidarité familiale, les enjeux de dettes et de comptes à régler ? De la psychopathologie à la création, quels sont les liens entre les avatars de la transmission  et l’expérience familiale migratoire ?

Il s’agira donc de manière générale d’explorer comment les logiques de la transmission  psychique consciente et inconsciente, mobilisent le sujet et son groupe familial à l’épreuve de la migration et convoquent à une place particulière les professionnels, des champs thérapeutiques, éducatifs, sociaux et  scolaires qui peuvent être conduits, parfois, à  les accompagner.

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